Un article récemment publié révèle que les gorilles du parc national de Nouabalé-Ndoki, au Congo, grattent le sol à la recherche d’une espèce de truffe de cerf, identifiée Elaphomyces labyrinthinus, et non à des insectes, comme longtemps supposé.
Ces découvertes ont été faites par Gaston Abea, qui est devenu le premier autochtone de Ndoki à devenir l'auteur principal d'un article dans une revue scientifique à comité de lecture.
Ce comportement semble avoir des implications sociales : alors que tous les groupes de gorilles ne s'y livrent pas, certains individus peuvent arrêter ou commencer à gratter le sol lorsqu'ils migrent d'un groupe à l'autre, laissant entrevoir une nouvelle complexité de leur structure sociale.
Gaston Abea s'est appuyé sur ses connaissances traditionnelles et ses compétences de pistage pour documenter ce comportement en détail. Gaston et les équipes des sites de recherche de Mondika et de Goualougo ont pu collecter des spécimens de cette truffe pour une identification taxonomique, qui a récemment fait l'objet d'une publication dans Primates.
« Les connaissances traditionnelles de mon peuple sont menacées par les modes de vie modernes, mais elles s'avèrent inestimables pour réussir à étudier et à préserver ces écosystèmes », commente Gaston Abea.
Il fait partie de la centaine d'assistants de recherche congolais formés à Ndoki depuis 2005, dont un nombre croissant vient des villages voisins et de communautés autochtones Ba'Aka. « Nos ancêtres chassaient les gorilles, maintenant nous les protégeons, et j'espère inspirer d'autres Ba'Akas à faire de même. »
Né à Bomassa, le village le plus proche du parc, Abea est issu du peuple semi-nomade Bangombe. Il travaille pour le parc depuis 2000, où il a occupé divers postes. Son zèle et son ardeur à apprendre l'ont conduit à progresser régulièrement et à devenir co-auteur de sept articles scientifiques soumis à un comité de lecture.
« C'est le premier article de Gaston en tant qu'auteur principal, une étape importante pour sa carrière et l’aboutissement d’un effort de renforcement continu des capacités : il est le premier assistant de recherche d'origine autochtone à devenir premier auteur dans le paysage de Ndoki », explique David Morgan, chercheur affilié au Lincoln Park Zoo et partenaire de la WCS, qui dirige les recherches sur les deux sites impliqués.
L'article fait partie d'un numéro spécial de la revue Primates, consacré à « Vingt-cinq ans de recherche sur les primates dans la forêt de Ndoki ». Les efforts d'Abea pour identifier les zones clés d'alimentation des gorilles en truffes à Mondika ont abouti au déplacement d’emplacements potentiels des infrastructures touristiques afin de préserver cette ressource.
Plus important encore, ses découvertes ont été incluses dans une étude d'impact écologique du Triangle de Djéké, où se trouve le site de recherche de Mondika, qui a fourni les preuves nécessaires au plan d’aménagement des terres qui a abouti à l'inclusion du Triangle de Djéké dans le Parc National de Nouabalé-Ndoki en 2023.
« C'est une découverte passionnante pour notre compréhension du comportement alimentaire des gorilles, qui a des implications sociales des groupes. Par exemple, une femelle adulte a émigré d'un groupe de gorilles où ce comportement était rare vers un autre où il se produisait presque quotidiennement, et a modifié ses habitudes » rajoute Dave Morgan.
« Cet article montre à quel point les connaissances écologiques traditionnelles, la recherche scientifique et la conservation peuvent bénéficier les unes des autres », conclut le Dr Sydney Ndolo, ancien assistant de recherche au Parc National de Nouabalé-Ndoki, aujourd'hui maître de conférences et professeur de botanique à l'Université Marien Ngouabi de Brazzaville.
Le Dr Ndolo est le second auteur de l'article. Il ajoute : « Les cultures locales ne survivront que si elles sont correctement valorisées, et la recherche est un moyen important de le faire. ».